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CAHIER 06

Rencontre-Débat Thématique du Comité Iéna jeudi 20 septembre 2018 :

Réforme «Ma Santé 2022» et politique Santé du gouvernement

autour du Dr. Dominique Debray 

 

 

Le Président de la République a présenté une cinquantaine de mesures destinées à rénover le secteur des soins en France. Dans son discours, le Chef de l’Etat a affirmé, d’une part que «nous devons restructurer pour les 50 années à venir» et d’autre part que «notre système de santé ne souffre pas d’un problème de sous-financement. Il pêche par un vrai handicap d’organisation». Pour le Président Macron, le modèle d’organisation n’est «plus adapté ni à la demande, ni à l’offre de soins».  

 


 

Pour aborder un sujet aussi crucial pour notre pays que la politique Santé proposée par le Gouvernement, nous avons invité un spécialiste des politiques de santé,le Docteur Dominique Debray ,membre du Comité Iéna ,à commenter les mesures évoquées et nous aider à en mesurer l’impact au quotidien.

 

Synthèse

La France a connu un grand tournant dans le secteur de la santé à la fin de la seconde guerre mondiale avec la construction des CHU. Cela a donné un très bon niveau à la médecine française dans le domaine des infrastructures sans pour autant que les mêmes progrès ne soient réalisées dans le domaine de la recherche, les chercheurs français ne publiant pas beaucoup.

Or, le taux des charges fixes par rapport aux dépenses liées à la santé, mais également aux mesures sociales et le financement des retraites étant trop élevé, cette politique nous a menés à l’impasse du fait de l’augmentation des déficits.

Les premières mesures qui ont été prises consistaient à raboter le budget consacré à la santé pour combler le déficit, car, en cas de crise, nous risquons d’être exposés à des taux d’intérêt extrêmement élevés.

Face à l’augmentation des déficits, il est néanmoins possible de réguler les dépenses par l’offre et/ou par la demande mais cela ne suffit guère.

Justement, le génie du président de la République, Emmanuel Macron, à travers sa réforme actuelle du système de santé, réside dans sa capacité à comprendre que toutes les politiques menées depuis plusieurs décennies n’ont fait qu’aggraver les problèmes.

La volonté politique ne suffit pas, il faut du courage pour s’attaquer aux vrais problèmes en s’appuyant sur un axe de travail indispensable : changer l’organisation de la politique de la santé.

Plusieurs secteurs doivent faire l’objet d’une révision complète :

  • Promouvoir la médecine de proximité et redéfinir les réglementation en matière de sectorisation. Des mesures comme celle annoncée de la fin du numerus clausus sont de nature à y contribuer.

  • Entamer une réelle professionnalisation du système d’expertise gangrené par les lobbys et les commissions d’attribution des médicaments. Concernant ce dernier point, il serait souhaitable de s’appuyer davantage sur les associations de patients pour aider à réorganiser ce volet de notre système de santé en toute transparence.

- Rationaliser le travail des médecins et de leurs collaborateurs en utilisant les ressources nécessaires pour chaque acte ou tâche. Est-il nécessaire de faire 13 années de formation en médecine pour faire du du skin check-up. À ce propos, le domaine de la dermatologie fait partie de ceux qui sont les plus évocateurs des difficultés liées à l’organisation de la médecine. Le dermatologue formé pendant plusieurs années pour atteindre le seuil de la spécialisation peut se consacrer, dans le cadre d’une santé coordonnée, à la recherche poussée et aux tâches les plus complexes et déléguer ainsi aux infirmières tout le reste. L’organisation mondiale de la santé préconise ce type d’organisation depuis les années 50. Or, en France, alors que les CHU devaient intervenir en dernière instance pour s’occuper des domaines les plus pointus de la médecine, on a commencé par en faire l’alfa et l’oméga de toute notre organisation de base,ce qui a conduit à des dérives importantes.

 

Néanmoins la politique proposée se veut constructive et va dans la bonne direction mais encore faudrait-il que les mesures prévues soient réellement appliquées. C’est d’ailleurs le souci exprimé par le Docteur Cécile Pons,responsable du GT Santé de l’arrondissement qui n’ayant pu assister à la réunion nous a écrit :

 

 “Je dois dire que le plan pauvreté me semble extrêmement cohérent et que le plan santé envoie des signaux très positifs. Je laisse tout de même un bémol, comme je pense la plupart de mes collègues soignants, sur l'ensemble de ces mesures qui nous paraissent constructives, mais le scepticisme qui s'est abattu depuis 15ans sur les professionnels du système de santé, usés par la lutte contre les dysfonctionnements de l'administration hospitalière conduit à envisager aussi la possibilité que ces bonnes mesures soient une fois encore détournées et utilisées pour continuer à dysfonctionner... Restons donc optimistes! “

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Points particuliers de la discussion

 

 

 

Dans le classement européen de la qualité de la santé, la France est un bon élève alors qu’elle est devenue un mauvais élève pour les dépenses de santé.

 

En cause :

- des charges fixes annuelles trop importantes.

- Les 35h qui ne sont pas adaptées au planning des professionnels de santé.

- Une politique de réduction des dépenses de santé qui a raboté aveuglément.

 

 

 

Depuis 1950 et la création très positive des CHU, La secteur de la santé en France n’a plus connu de ligne directrice de l’Etat et il est piloté à vue.

 

2 outils ont été utilisés par les gouvernements successifs pour limiter les coûts :

 

- Régulation de l’offre : réduire le nombre de médecins (1980).

- Régulation de la demande : augmentation des coûts de santé pour le patient.

 

Ces deux outils ont été mal utilisés par manque d’un stratégie directrice forte.

 

Les CHU représentent la technologie de pointe, Il faut désormais que l’Etat travaille sur les centres de proximité regroupant plusieurs médecins pour équilibrer géographiquement l’offre de soins

La fin du numerus clausus va permettre de mettre la pression sur les médecins afin que ces centres puissent avoir chacun leur personnel.

 

 

 

Il y a un manque d’organisation dans le système de soin.

 

1) L’Etat doit redéfinir qui peut prescrire à part le médecin généraliste pour libérer du temps à ce dernier.

- Pharmaciens : non car conflit d’intérêts avec les produits qu’ils vendent.

- Infirmier/es : leur donner un rôle plus important avec une responsabilité de prescription.

 

2) L’Etat doit redéfinir qui peut effectuer certaines actions du médecin généraliste pour libérer du temps à ce dernier.

- Infirmier/es : leur permettre d’effectuer des actes basiques comme la prise de tension.

 

3) L’Etat doit redéfinir qui peut effectuer certaines actions du médecin spécialiste pour réorienter ce dernier uniquement sur les cas complexes.

- Infirmier/es : leur donner un rôle plus important avec par exemple pour la dermatologie, la vérification des grains de beauté.

 

4) L’Etat doit redéfinir le secteur 1 et 2 pour éviter que le secteur 2 soit l’unique gagnant du système de santé.

- Exemple : Certains métiers en secteur 1 ne sont plus possibles comme pour les accoucheurs.

 

On note que le système doit se réorganiser autour des infirmiers avec des médecins qui encadrent leurs actions. Il faut donc penser à une formation plus complète des infirmiers.

 

 

 

 

Il faut investir dans la médecine de prévention

 

Il n’y pas de politique de prévention en France.

En exemple, la médecine du travail n’est pas bien payée et ne joue pas son rôle.

Elle devrait être chaque année un outil indispensable pour contrôler la santé des travailleurs, les suivre dans leur bilan santé. Par conséquence, les travailleurs éviteraient, avec ce suivi, de consulter ailleurs pour rien.

 

L’objectif est à plus large spectre de repenser le coût de la médecine pour le patient. Les réflexions doivent s’articuler autour d’une offre de service globale avec par exemple un paiement annuel.

 

 

 

Il faut lutter contre la corruption dans le domaine de la santé et se préoccuper d’une question centrale : la qualité des soins

 

1) L’Etat doit lutter contre les lobbys, les conflits d’intérêts, les arnaques au système.

En exemple : Les EHPAD ;les arnaques aux mutuelles par certains opticiens ; les experts payés par les laboratoires doivent être des sujets abordés sans tabous.

La qualité des soins apportés aux patients doit être la première et seule préoccupation de L’Etat.

 

2) Il faut revoir l’article 40. Un fonctionnaire se doit de dénoncer tout acte de corruption mais il faut inclure dans la loi que s’il ne le fait pas, il y a sanction.

 

3) Il faut que l’Etat se dote d’experts fonctionnaires à l’instar des USA. Aujourd’hui les seuls experts en France sont payés par les laboratoires. Ces experts d’Etat seraient la première étape pour contrer les lobbys qui bloquent le gouvernement dans ses actions.

 

4) Il faudrait, pour sécuriser le système de santé de toute déviances et maintenir sa qualité, financer des associations de patients. Celles-ci pourraient être pilotées par des médecins indépendants de la vie civile, qui seraient les garants, autant pour les patients que pour leurs confrères, des actions prises par l’Etat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Docteur en médecine, Dominique Debray est diplômé de l’IEP Paris (section PeS) et licencié en Droit Public. Son itinéraire professionnel très riche se partage entre administration centrale, audit international et industrie:

- Il étudie la Santé Publique dans les pays anglo-saxons puis l’a enseignée au sein du Département de Santé Publique et Communautaire de Paris Nord.

- Il entre ensuite au Cabinet de Jacques Barrot où il co-rédige le rapport de la mission sur l’Organisation du système de soins et son livre blanc (mission Gallois) qui conclue à la nécessité de promouvoir la médecine générale, développer la qualité des soins, regrouper des services hospitaliers en pôles et unifier la gouvernance du système de santé.

- Après des missions d’audit pour la Banque Mondiale, il est successivement DGA de Servier Amérique Latine et de l’Institut Formation Santé de Hewlett-packard, Directeur du domaine de santé sociale de France Télécom, puis FT Multimedia.

- Ayant fondé des associations citoyennes dans les professions qu’il a exercées,il a été sollicité à ce titre comme personnalité qualifiée sur les thèmes de l’indépendance, de l’expertise et des juridictions et de l’intégrité des collectivités territoriales et des établissements publics .

- Il exerce depuis 2001 comme médecin libéral.